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Plus de peur que de mal

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Doyel
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MessageSujet: Plus de peur que de mal Dim 2 Fév - 20:51

    Encore une journée à ne rien faire, une de plus. Alors que l’Égypte craint pour sa paix, j’avais passé près d’une semaine à festoyer. Comme si je n’avais que ça à faire ! Sans parents pour me nourrir, je me devais bien de travailler un peu, seulement ma concentration s’était engourdie face à la joie de rire et m’amuser. Je ne m’étais occupée que par les jeux et les danses, des activités qui ne rapportent pas dans le contexte du divertissement. Comme le pain commençait à manquer, j’allais bientôt me retrouver le ventre vide, sensation que je ne connaissais pas mais je savais que je n’arriverais pas à la supporter. Je n’avais pas assez pour me permettre de parier, une femme dans ma situation ne doit pas trop draguer avec la chance et le danger. Trop de risques. Je retournais à mon rythme de vie habituel, assez posé. Finalement, de cottoyer tout ce monde m’avais fait autant de bien que de mal.

    Une rapide toilette dans les bains publics et un déjeuner avaler rapidement devrait me remettre sur pieds en moins de deux. Je m’y affairait, prêtant une attention particulière à mon maquillage ainsi qu’à mes vêtements. Ma garde robe n’était certes pas aussi garnie que celle des grandes dames, toutefois j’avais de belles parures grâce aux présents que je recevais. Je choisis une tunique allant de ma taille jusqu'à mes genoux, prêt du corps en haut et le bas évasé en plissés, par dessus laquelle j’agençais une pièce de lin bleu azur semi transparente en des drapés harmonieux, couvrant ma poitrine sans une opacité complète et se réunissant en une traîne s'arrêtant à mes chevilles. Pour finir, quelques bijoux en or parfaisaient l’ensemble, dont quelques uns dans mes cheveux tressés, et de simples sandale protégeaient mes pieds. Par dessus, je n’avais qu’un manteau léger qui me permettait une certaine couverture.

    Dans un premier temps, je me promenai sur le marché, parfois interpellée par un cosmétique ou une broche. Comme on pouvait s’y attendre, ce n’était pas le monde qui manquait, je voyais déjà en ces nombreux passants de potentiels auditeurs. Deux catégories majeures se démarquaient ; les travailleurs et les clients. Ce beau monde fonctionnait en une symbiose incroyable, une danse énergique qui n’en finissait pas même aux heures les plus lourdes. Les vendeurs criaient la qualité de leurs produits, les acheteurs négociaient, les sens étaient en constante alerte que ce soit à cause des couleurs vives des épices ou des nombreux parfums venant de la pêche, des fleurs ou des cuisiniers. Celui qui prétendait s’ennuyer au marché de Memphis avait de sérieux problèmes.

    Je repérais des lieux où je pouvais me poser de façon à être vue et entendue d’un maximum de personnes. Ce n’était pas facile, particulièrement parce que les vendeurs occupaient déjà les meilleures places. Après tout, ils s’étaient levé avant moi, tout n’était que justice. Je privilégiais également les endroits où les gardes circulaient peu, ils avaient une méchante tendance à s’emporter de tout et à sauter sur les éventuelles révoltes. Mais pour l’heure, j’avais faim, et j’en avais marre de ne manger que des lentilles aux oignons, même si cela ne faisait qu'un jour ! Si encore j’étais demandée pour quelques réceptions, je n’en serais pas à m’exposer dans la rue.

    Voilà ! Ca y était ! Ma scène de fortune était enfin trouvée. Les marches d’un bâtiments en ruines, avec un peu d’ombre pour ne pas craindre l’insolation immédiate. Je défis ma veste, arrangeai ma coiffure, et enfin lançai le spectacle. Sans accroche particulière, j’entamais un chant sans paroles pour m’échauffer la voix. Les premiers curieux ralentissaient le pas. Au bout d’un certain temps, je commençais à chanter la beauté du soleil et du temps si clément, puis la joie si belle des jeunes idylles et de la douceur des belles saisons. Des banalités, sans doute, seulement la beauté et le charme de ma voix avaient permis de constituer un public de bonne proportion. Beaucoup semblaient reposés, la plupart d’entre eux étaient à leur aise, et de voir ces résultat me faisait oublier la raison de ma présence ici, je ne chantais plus que pour le plaisir de chanter. Comme eux, je me laissais rêvasser, sans prêter garde à ma coupole de cuivre qui s’était plus ou moins remplie, ni à l’agitation éloignée, et encore moins aux rondes de gardes. . .

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Anibal
Gardien de l'Egypte

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MessageSujet: Re: Plus de peur que de mal Dim 2 Fév - 22:28


L'excès de zèle, voilà le mal qui m'avait prit ce jour-là. L'incapacité à différencier le devoir du désir. Quand on veut, on peut, dit un certain adage. C'est sans doute tout à fait vrai. La vie, en elle-même, n'empêche pas que l'on réussisse ce que l'on entreprend. Les faiblesses proviennent de nos peurs, de nos faiblesses, de nos illusions mortes. J'ai toujours su que le manque de courage induisait des échecs. Mais là, c'est un excès, tout le contraire, qui m'amena à cette situation. Ou plutôt... ce ne fut pas tout à fait le mien.
Alors que la journée s'annonçait comme toute autre, belle et ensoleillée sous le regard des dieux, je menais cette garde avec une nonchalance attentive. Vigilant face aux cris incessants des marchands, patient dans la foule qui ne s'écarte pas, strict dans les réprimandes à adresser et pour que résonne la loi, je n'avais généralement pas lieu de me plaindre d'une quelconque déficience. L'existence m'avait gâté, au niveau de l'acuité visuelle et de mes talents d'éclaireur. Avec l'âge, je n'avais fait que gagner en capacités d'observation, de déduction, de compréhension. Si certains devenaient séniles avant l'heure, j'avais l'impression de toujours pouvoir compter sur mon corps jeune et vigoureux. Etrange, au vu de mon âge avancé.
Circulant sur le marché, trois gardes avec moi, je ne faisait que jeter un œil sur les marchandises passant entre toutes les mains. J'observais les visages, les expressions, les peurs irraisonnées mal camouflées, les mauvaises gens trop apparents. Nous n'avions fait que quelques contrôles dans la matinée et récupéré des taxes ou le fruit de certaines amendes sur le dos de ceux qui ne nous convenaient pas. Pas d’échauffourée, mais quelques mots trop hauts. Tel était le quotidien d'un protecteur de la cité, à errer entre ces habitants pour veiller tant sur eux que sur l'or qui circule. Rien d'ahurissant. Fort heureusement, nous n'étions pas des profiteurs. Je n'avais escroqué le moindre citoyen de mon exigence, en profitant de mon titre. Fondamentalement, je crois que j'étais bon. Et si ce n'était pas le cas, et bien tant pis. J'aurais au moins essayé.
Ce n'est, dans tous les cas, que lorsque la fin se fit sentir, que la situation changeant réellement. Alors que je comptais m'installer sur les marches fréquentées de temps à autre pour manger ce qui tomberont entre mes mains, un de mes hommes avait alpagué un marchand un peu durement pour obtenir de lui de quoi se nourrir. Et durant ce laps de temps que j'observais le déroulement de ces âpres discussions ne me plaisant que trop peu, je saisis bientôt une clameur un rien trop bruyante pour venir d'échanges commerciaux. Un peu plus loin, justement là où je désirais me rendre, un petit groupe s'était formé. Alors j'abandonnais les miens l'espace d'un instant. Ne portant pas de lance pour ma part, mais uniquement l'épée égyptienne à ma hanche, j'étais à peine plus discret qu'eux. Ma tenue blanche, me laissant torse-nu, serpent inondé de soleil, était un signe reconnaissable. Pureté et puissance. Les bras croisés, je regardais donc la demoiselle en question, la responsable de cette agitation. Une cinquantaine de badauds était là. Des hommes, des femmes, des enfants. Ce n'était pas encore la liesse, mais pouvais-je le permettre ? Pour le moment, le calme régnait, il n'existait d'incitation au trouble. Mais je sentais déjà le vent se lever, avec l'arrivée prochaine d'un de mes subalternes... je ne l'avais pas vu revenir. Mais sa voix s'élevait, maintenant...

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"Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience."
René Char
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