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Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose]

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Anibal
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MessageSujet: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Sam 1 Fév - 18:35


Le jour se lève. Le soleil, dieu des dieux, garant du pouvoir de Pharaon, se tient dans ses premières lueurs. Il inonde l'aube dorée, mais ce n'est pas tout. Nous savons tous qu'aujourd'hui sera encore marqué par la tension latente, les dangers qui planent sur notre grand roi... et tant d'autres choses encore. Nos jours ne sont pas simples. La colère gronde. Le maître de l’Égypte ne saurait l'ignorer, et moi non plus.
Encore une fois, tandis que la lumière pointe à l'horizon, il va falloir nous assurer que la cité ne risque rien. Chaque quartier est sous une surveillance accrue, depuis que les derniers cris ont retentit. Chaque maison est gardée, nos citoyens sont attentivement observés. Moi-même, je crois ne pas être totalement digne de confiance, pour ces libyens qui nous dirigent. Je suis un natif, un garde loyal à son pays, non à l'envahisseur. Si je ne peux me permettre de déposer les armes, ce n'est pas dans une grande joie que j'observe les rayons de l'astre divin. Si mon cœur s'étreint, c'est à cause de cette oppression dont nous sommes victimes constamment. Les libyens sont partout, au sein de nos administrations, dans notre armée, et croient le Nil devenu leur. J'ose espérer qu'ils se trompent. Sincèrement. Quoi qu'il en soit, pour le moment, ce n'est pas ce dont il faut se préoccuper.
Sur les quais, accompagné d'une bonne vingtaine d'hommes, je connais ma mission. Notre tâche est simple : sécuriser les accès à Memphis, surveiller toute cargaison entrante, les voyageurs en partance ou désireux de s'installer chez nous. Rien ne doit réussir à passer sans subir l'examen. C'est pour cela que nous avons droit à quelques scribes pour nous accompagner, et que nos lances sont si bien affûtées. Vêtus de nos belles tenues blanches, de ces côtes de maille qui nous protègent si bien, et portant nos casques traditionnels, nous paraissons invincibles. Si je suis bien placé pour savoir que c'est faux, ceux qui passent entre nos mains le savent bien. Ceux-là, qui déchargent un navire, n'en doutent aucunement, sous nos regards inquisiteurs. Et ces autres, s'ils portaient nombre de richesses qu'ils pensaient pouvoir mener hors d'Egypte, ils se trompent. Il n'est quoi que ce soit qui nous échappe.
Derrière, la ville est agitée, comme à son habitude. Marchands, négociants et marins savent bien que l'activité est la marque de fabrique d'un port comme le nôtre. La capitale du royaume se doit d'être presque hyper-active, en constante effervescence. Nos regards jugent rapidement, à tour de bras. Pour le moment, il n'est rien qui attire plus mon attention que cela. Pourtant... ces bateaux-là ne m'inspirent pas plus que ça. L'allure de paysan de ceux qui en sortent m'intrigue. Encore des cul-terreux, de ces êtres des bas-fonds qui s'imaginent pouvoir polluer aimablement notre cité. Si ce sont des loyaux sujets de la couronne, ce sera déjà un bon point. Mais je n'apprécie pas particulièrement qu'autant d'individus sensés travailler nos terres, nourrir le pays, se réfugie entre nos murs. C'est une époque étrange... tellement étrange.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Sam 1 Fév - 20:27



Un Jour comme les Autres, Alors que s'écoule le Nil ▬ Anibal & Ahmose


Cela faisait plusieurs jours que nous étions sur le Nil. Un Nil qui me semblait bien paisible. Bien davantage que dans cet affreux souvenir où ma sœur se faisait déchiqueter par deux crocodiles. J'avais eu beau tout faire pour chasser ces visions de mon esprit, elles revenaient dès l'instant où je posais mon regard sur le fleuve. J'avais eu beau scruter les alentours, nous ne vîmes ni crocodiles, ni même leurs plus féroces adversaires qu'étaient les hippopotames. Le voyage se faisait au cours des discussions entre les passagers. Par ci, il y avait un couple qui cherchait fortune dans un commerce qu'ils espéraient lucratifs. Par là, je vis un vieillard s'endormir et ne jamais rouvrir les yeux. Trop fatigué, il mourut dans son sommeil. Le capitaine laissa son corps sur une berge, tandis que les rites se firent en vitesse avant de reprendre notre route. Pour ma part, j'avais préféré la discrétion, ne prenant guère la parole. Déjà avais-je repéré les regards les plus curieux. Ceux qui se posaient mille questions mais qui n'en poseraient pas une.

C'est après deux semaines que nous atteignîmes la belle Memphis, la capitale des deux Terres. C'était là que toute l'administration réduisait doucement les paysans en de vulgaires esclaves. Mais chacun était né sur ces terres égyptiennes et trimait à la sueur de son front pour prouver son allégeance. Mais ils nous en demandaient toujours davantage. Et bientôt, les journées ne suffisaient plus. Il fallait travailler jusqu'au coucher du soleil. Les corps perdaient trop vite de leur splendeur. Trop vite, qu'ils se dégradaient plus vite que l'arrivée de nouvelles mains. Memphis, ville que je ne pensais jamais voir. Memphis que j'avais tant cherché à éloigner. Je me retrouvais maintenant face à ses portes. J'étais là, observant ce manège.

Je me mis à aider les marins d'expérience, enlevant la cargaison du navire. A ma surprise générale, aucun autre passager ne fit de même, prenant aussitôt que possible la direction des rues de la cité. Pour ma part, je n'étais pas si pressé. Aussi cherchais-je autant que possible à retarder mon départ loin du bateau. Il était le dernier lien qui me retenait à mon village. Comme un fil qui me rappelait encore qui j'étais et ce pourquoi j'étais là. Mais surtout, en cet instant, une boule figeait mon estomac. J'avais peur. Je craignais cette ville dont je ne connaissais rien. Oui, je découvrais un monde inconnu. Je n'y connaissais rien et surtout, je n'avais aucun contact sur ces lieux qui me semblaient immense face à la petitesse de mon village. Tout était différent de la vie rurale. Pourtant, je voulais croire que ce ne serait pas une difficulté. Que tout se passerait aussi aisément que je voulais le croire.
Finalement, alors que j'enlevais la dernière cargaison, le capitaine du navire s'approcha de moi et m'arrêta. L'homme ne prit pas la peine de prendre la parole et me tendit quelques pièces. Dans mon village, ce système n'existait pas. Mais mon père m'avait appris qu'avec l'ouverture du commerce sur l'ensemble des civilisations, un système monétaire était né pour faciliter les échanges. J'hochai la tête devant le monsieur, tout en me demandant encore intérieurement ce qui m'avait valu un tel geste. Était-ce de la compassion ? Ou de la pitié envers un paysan ? Gardant les pièces dans ma main, je me dirigeai vers les gardes quand des hommes vinrent se placer auprès de moi. S'y trouvait, notamment, un homme au regard plus pénétrant, plus puissant, et peut-être même plus violent, que les autres. L'aura qu'il dégageait, ou du moins, le charisme inhérent de sa personne, me faisait savoir une chose : il dominait les autres. Dans un sens, il en imposait par la seule force de sa présence. Je déglutis un instant, me demandant quel impair avais-je commis. Je ne bronchai point durant un court laps de temps.
 
   
 
▬ J'ai commis quelque chose de grave ou ... ? Je viens pour la première fois à Memphis, et même tout simplement dans une cité et ... Euh ... Je ne connais pas vraiment les obligations et rites. Je compte seulement me rendre auprès du Pharaon, lui parler de la condition des paysans puis repartir bien vite auprès des miens. Est-ce ... Interdit ... Euh, Messieurs ?

Que dire sinon la vérité nue ? Je n'étais pas là pour la courtoisie ou la forme, ni pour une simple visite. J'étais venu voir le Pharaon et, jusqu'à preuve du contraire, il était encore l'élu des Dieux. Il devait m'écouter. Moi qui avait désigné par mon village pour parler de notre médiocre condition. Pourtant, alors que j'étais entre ces hommes, je me demandais encore la raison de ma venue. Serais-je seulement entendu ? Peut-être se mettraient-ils à rire de ma présence ? J'étais prêt à chaque éventualité car mon ignorance faisait de moi, en cet instant, un bien bel ignorant. Me passant une main dans ma chevelure, je cherchais à sonder le leader. Prendrait-il seulement la peine de me répondre ou se détournerait-il déjà de moi ? Peut-être même me conduirait-il directement dans une cellule ? Quel aurait été mon erreur ?

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Sam 1 Fév - 21:52


Ça bouge. Tout autour de nous, ce n'est que mouvement. Le Nil, lui, est une vraie divinité, calme et apaisante. Il s'écoule avec lenteur. Il déborde de temps en temps, certes, mais c'est pour rappeler aux hommes ce qu'ils sont, mortels et soumis aux jugement des dieux. Mais le port... ce n'est que folie.
En tant que soldat, j'ai toujours compris quelque chose au désordre, parce que les fers qui s'entrechoquent ne peuvent faire que cela, tel est leur destin. Pourtant, ici, rien n'a de logique. L'or domine. Les marchandises, les navires... tout ceci ne fait que rajouter au chahut ambiant sans qu'il n'y ait quoi que ce soit de compréhensible. Le commerce m'échappe. Sa logique ne l'est pas pour moi. Je ne m'intéresse qu'à la population, au peuple, à ce qu'il se passe chez les habitants de la cité. Les murmures, les rumeurs, les grondements... j'ai besoin d'humain, pas de bruit et d'agitations inutiles. Tout ce qu'il se passe ici n'est pas de mon ressort. Mais je fais mon travail. Accompagné de trois ou quatre gardes, je circule sur les quais et zyeute tout ce qui passe à ma portée.
Quelques injonctions à l'intention des badauds, parfois. J'interpelle ceux qui déchargent et envoie des hommes. Mais ce qui m'étonne moi-même, c'est surtout ce fait nouveau qui arrive juste devant mes yeux. Une apparition. Un type à l'allure haute, svelte et pourtant perdue. Le genre de personne qui pourrait pulluler dans nos rues si tout allait pour le mieux. Sauf que...

 « Nubien... »
Murmurais-je à mes proches. En réalité, je me suis arrêté. Au milieu de l'allée de pierre qui jouxte les embarcadères, mes hommes et moi formons une ligne défensive, nous gênons, nous détaillons. Ils ont bien vu celui dont je parle, ce type à la peau si brune qu'il ne peut venir d'ici. Un homme du sud, assurément. Ce n'est pas comme si nous pouvions le laisser passer comme ça. D'un signe que je fais du menton, ils avancent. Menaçant, malgré qu'ils ne pointent pas leurs lances, les gardes savent s'y prendre. Au milieu d'eux, en plein cœur de la foule qui ne se préoccupe de nous, le nubien ne peut plus avancer. Il s'exprime pourtant. Étrangement. N'a t-il pas conscience de l'impossibilité de sa demande. Les fous comme lui ne donnent rien. Ils agitent plus encore notre monde déjà sous l'emprise de la déraison. Je plisse les yeux et l'observe.

« Étranger. Tu n'as rien à faire ici. Pharaon ne reçoit pas les... gens dans ton genre. Et il se moque bien de tes soucis. Alors passe donc ton chemin. »
Froidement, je le regarde. Et d'un mot à l'attention du plus froid de mes collaborateurs, je m'en retourne presque pour les laisser à leurs besognes. Deux d'entre eux lui saisissent les bras tandis que les autres commencent à le fouiller. Je crois bientôt voir ou entendre tomber des pièces brillantes sur le sol irrégulier. Evidemment, c'est un homme du royaume de Koush... qui ne vit que par l'or et sa volonté de venir se venger de nous.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Sam 1 Fév - 22:26



Un Jour comme les Autres, Alors que s'écoule le Nil ▬ Anibal & Ahmose


Mon instinct ne s'était pas trompé. L'homme à la chevelure dorée, celui à l'oeil vif, me semblait bien être le leader de ce petit groupe de soldats. Ils étaient armés alors qu'il ne l'était pas. Je ne pouvais fuir, chercher à me défaire de cette surveillance. Plonger dans le Nil, c'était risqué l'attaque des animaux sauvages. S'enfuir dans les rues inconnues était un autre risque. Ce serait seulement une fuite, alors que je serais poursuivi par les gardes. Toujours plus de gardes. Je serais aussi tué. Ils n'avaient aucune pitié. Surtout pas pour un fuyard. Alors, je déglutis, cherchant à garder mon calme devant ces hommes effrayants. Je me passai même une main devant les yeux pour trouver un peu de courage devant cette situation difficile.
Et finalement, l'homme prit la parole. D'une voix sans équivoque, qui ne demandait aucune réponse, il vint m'apprendre ce que je redoutais le plus. Le désintérêt complet de Pharaon devant sa propre population, devant sa propre campagne. Ou n'était-ce que les paroles d'un homme trop zélé ? La gravité de sa voix me faisait dire qu'il n'avait rien à cacher. Qu'il faisait seulement ce qu'il devait faire. Pourtant, alors qu'il me demandait de « passer mon chemin », j'étais arrêté comme un vulgaire passager clandestin. Déjà, je m'écriais de l'injustice.

   
 
▬ Je ne suis plus libre sous quel motif, Officier ? Je n'ai rien commis de frauduleux sur ces quais ou même de toute ma vie et vous m'arrêtez car ma tête ne vous revient pas. C'est ça ? Est-ce vraiment la Justice des Dieux ou seulement la vôtre ?!

Je fus agrippé plus sévèrement et bientôt, sous la surprise, une fouille corporelle fut entamée. Aussitôt, je lâchai les quelques pièces offertes par le capitaine. Et déjà, un garde les prenait pour sa propre personne, les rangeant dans une bourse qui était sienne. Je ne me débattais pas. Il était de toute façon inutile de se débattre face à quatre hommes nourris et entraînés. Je n'étais pas de taille face à ceux-ci. Pourtant, j'avais encore quelques paroles en réserve adressées autant à cet officier qu'à l'assemblée qui se formait doucement autour de mon arrestation. Car j'avais bien compris ma situation.

   
 
▬ C'est parce que j'ai la peau d'un Nubien que vous me faites arrêter ? Vous n'êtes pas mieux qu'eux ou qu'un libyen. Vous êtes aussi corrompus. Vous n'appliquez même pas la loi de Mâat mais seulement la vôtre !

Je savais que je perdais le contrôle de mes paroles. Je le savais et pourtant, je ne pouvais reculer. Si j'étais enfermé maintenant, si je venais à m'arrêter ici seulement, je serais venu pour rien. Mon voyage n'aurait servi à rien et je rentrerais bredouille. Mais surtout, je ne pourrais pas en apprendre plus sur l'antique civilisation égyptienne et les grands pharaons qui avaient su régner auparavant. Alors, sentant la poigne des hommes se fermer un peu plus sur mes muscles, je les vis me passer les fers autour du cou et des poignets. Comme si je n'étais qu'un vulgaire animal. Serrant les dents autant que les poings, je ne pus m'empêcher de continuer sous mon impulsion.

   
 
▬ Vous vous fichez de la situation des campagnes ? Vous vous fichez que des gens crèvent de faim pour nourrir vos panses ?! Vous êtes encore plus ignorants, tous autant que vous êtes. C'est à cause de gens comme vous que notre Royaume et nos récoltes ne sont plus celles de nos ancêtres.

Mais déjà, j'étais emmené. Je baissai la tête sous la honte d'être ainsi transporté. Je ne savais que dire ou que faire. Je ne savais même pas si je reverrais seulement un jour le Nil ou mon village. Car je venais de découvrir la dure réalité que j'avais si longtemps fuie. Déglutissant péniblement, je me laissais diriger vers les quartiers adjacents au port. J'y resterais sûrement le temps que l'officier se décide à reporter l'incident à sa hiérarchie. Puis je serais exécuté comme une bête malade. Peut-être était-ce le lot de tous ces villageois en quête d'une meilleure vie.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Sam 1 Fév - 22:51


Cet homme dont j'ignore tout ne me revient pas. Je ne saurais pourtant dire pourquoi. Ce n'est pas tant sa couleur de peau que les mots qu'il a commencé à professer. Peut-être est-ce du à une mauvaise première impression. Ou bien à cette allure qui me rappelle trop les pauvres clochards qui hantent nos rues. Le monde n'aurait été ainsi du temps du vrai Pharaon. Les gens n'avaient cette apparence effrayée, soumise, fragile, qu'aujourd'hui. Certes, nous n'avons jamais été un peuple de riches propriétaires terriens, dépendant surtout du bon-vouloir du gracieux Nil et de nos puissants dieux. Mais le royaume d'Egypte a été un empire. Nous avons connu la grandeur. Nous avons eu notre chance. Qu'en reste t-il ?
Les types dans son genre sont ceux qui, à mon avis, représentent ce qu'il y a de pire chez nous. Ils symbolisent notre déchéance. Les nubiens sont d'anciens peuples inférieurs. Et aujourd'hui, voilà qu'ils se prennent pour nos égaux. Je ne réponds pas, cependant. Je ne m'abaisserais pas. Enfin, j'aurais aimé ne pas avoir à le regarder de nouveau. Le bruit que fait tout ceci est déjà de trop. Il aurait pu retourner paisiblement sur le grand fleuve, si ses mots n'avaient pas été ainsi exprimés. Mais agresser verbalement les gardiens de Pharaon...

 « Oui, tu es un nubien. Et je pourrais t'exécuter maintenant, pour ta ridicule ambition. »
Je suis trop faible, je crois. La tension latente m'a rendu nerveux, à vif. J'ai dégainé la lame accrochée à ma hanche. Une simple épée égyptienne, mais qui peut faire son effet. Sous sa gorge, notamment. Ou plutôt contre son torse, sur ses vêtements dérisoires. Ce n'est qu'un vulgaire chien errant. Un paysan du sud qui n'est peut-être pas vraiment un nubien. Il parle un dialecte trop parfait pour en être un. Un accent, des intonations qui changent... mais il pourrait bien être un citoyen du royaume. À vérifier, peut-être.

« Pharaon n'a pas besoin de côtoyer les rats de ton espèce. Il est bien trop occupé... entre ces murs... »
S'il est une chose que je n'ai pas apprécié, c'est qu'il évoque les libyens. Je ne dirais pas que je ne les aime pas. Mais je les hais. C'est pire que ça, encore. L'idée-même de nommer ce roi pharaon m'écoeure. Mais qu'y puis-je ?

« Pourquoi ne peux-tu pas retourner sur tes pas ? D'où tu viens, la misère a toujours eu sa place, et elle n'a que faire de qui s'en prend au royaume... »
J'aurais pu partir à lui évoquer cette situation qui nous étreint. Parler des libyens, de l'influence qu'ils ont ici, de ce que nous ressentons ici, dans la capitale... c'eut été bien. Mais inutile. Totalement inutile. Les hommes doutent un peu de ce qu'il faut faire. Ils l'ont ferré. Je n'ai peut-être pas grand choix. L'emmener ailleurs. Pour le moment, je pense qu'il conviendrait de le mettre à l'écart, auprès des autres que nous avons arrêté. Il y a un tas de vagabonds et d'hommes enchaînés sur une estrade, là-bas. Ce sera sa place. Jusqu'à ce que j'en ai fait mon affaire. Je dois juger ce qu'il mérite, qu'importe ce qu'il en pensera. Je ne suis certes pas un dieu, ni même un de leurs représentants. Si notre souverain actuel était du panthéon que nous vénérons, cela se saurait...

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Sam 1 Fév - 23:41



Un Jour comme les Autres, Alors que s'écoule le Nil ▬ Anibal & Ahmose


Ma surprise était immense devant le calme apparent de l'officier. Il n'avait pas haussé une fois le ton tandis que je m'emportais de cette injustice qu'il faisait. J'avais eu beau parler de Mâat autant que des lybiens, il n'avait pas cherché à réfuter un seul de mes arguments. Comme si tout le flot de mes paroles coulait sur lui sans l'atteindre. Mais je l'avais atteint une première fois quand il avait dégainé son épée. Il n'avait pas tremblé un seul instant et son regard ne trahissait aucune crainte d'arracher la vie. Je devinais qu'il avait déjà tué et qu'il pourrait me tuer sans ciller. Soudainement, je prenais conscience que pour lui, je n'étais rien. Qu'un vulgaire être humain. Peut-être même moins. Je devais le craindre car il avait ma vie en son sort. Il pouvait m'ouvrir les entrailles ici même sur ce quai autant qu'il pouvait décider, finalement, de me laisser entrer dans la capitale. Il pouvait, encore, me renvoyer chez moi, avec toute la honte de l'échec. Je serrai le poing, ne me débattant même pas.

Quand il me posa une question, peut-être vraiment la toute première, je relevai mon regard flamboyant. J'aurai eu envie de lui répondre à la suite, ne pas lui laisser le temps de reprendre sa marche. J'aurais aimé pouvoir lui dire pourquoi je ne pouvais simplement pas faire demi-tour. J'aurais aimé, mais je savais que sa question n'était que rhétorique. Il ne voulait pas entendre ma réponse. Il voulait seulement me dire que j'étais un miséreux. Un misérable venu des lointaines campagnes. Un autre vagabond. Je n'avais qu'à me tenir tranquille pendant que j'étais laissé pour compte sur une estrade. Là, se trouvaient plus d'un homme, qui semblait souvent plus affamé que je ne l'étais. Peut-être même certains étaient là depuis plusieurs jours sans eau ou nourriture. Ils étaient affreux à regarder. Je ne pouvais faire qu'attendre. Attendre son retour. Attendre qu'il se décide à me prêter attention.

Combien de temps restais-je dans cette position à voir mille badauds m'observer ? Je ne les comptais plus depuis longtemps tandis que le soleil vint bientôt faire ruisseler mon front d'une sueur qui embuait mes yeux. Je savais que ce n'était qu'une autre épreuve. Une façon de voir si je pourrais encore lui tenir tête après tous ces défis. Il voulait me faire taire. Alors, je restais silencieux, me retenant autant que possible. J'avais surtout soif plus que faim. Mais un tel soleil rendait chaque respiration plus brûlante tandis que les gardes me passaient devant, buvant à satiété des rations d'eau qui nourriraient pendant des semaines nos pauvres villages. Je déglutissais de plus en plus avec douleur tandis que la sécheresse m'étouffait. Et bientôt, l'un des prisonniers s'écrasa au sol. Mort. Il fut jeté à l'eau comme un vulgaire déchet qui viendrait nourrir quelques crocodiles affamés.

Puis doucement, le climat se fit moins rude et je savais que la nuit viendrait bientôt remplacer le jour. C'est aussi à ce moment-là que le trafic des quais s'acheva tandis que les derniers marins se rendaient dans la cité. Ils ne jetèrent même pas un regard en notre direction. Ils se fichaient de notre situation. Mais je n'avais plus la force d'hurler. Ma gorge me faisait mal, mes jambes commençaient à trembler de cette position stationnaire. S'il n'avait pas brisé mon esprit, mon corps ne me supportait plus que difficilement. Et l'officier à la chevelure dorée fit bientôt une rapide apparition, moment que je choisis pour prendre la parole. Ma voix se faisait encore forte mais cassée.

   
 
▬ Tu comptes me laisser pourrir comme un vulgaire chien des rues ? Tu as perdu toute ton humanité pour devenir aussi ignoble qu'un libyen ? Tu préfères écarter tous les problèmes qui se posent à toi, plutôt que de les résoudre ? Je ne te comprends pas, Officier.

Il me semblait qu'il m'écoutait. S'il avait encore le dos tourné, j'avais cette sensation qu'il prêtait une quelconque attention à ce que je lui disais. Il savait que je n'avais plus la force de faire un scandale. Et il savait aussi que d'ici deux jours, je viendrais à mettre un genou à terre. Il le savait. Pourtant, je voulais croire en son bon fond. Croire qu'il n'était pas aussi ignoble. Qu'il était encore, quelque part, un être humain. Alors, mes yeux se plissèrent dans la pénombre qui, doucement, s'installait.


   
 
▬ Peut-être que tu ne le sais pas mais les campagnes, celles qui sont censées vous nourrir, vous et tous les habitants de cette ville, sont de plus en plus mécontentes. Nos récoltes sont insuffisantes et les taxes que vous nous imposez sont tellement sévères qu'il ne nous reste qu'à peine de quoi nous nourrir. La famine s'installe tellement que des gens viennent à mourir et nous manquons maintenant d'hommes pour travailler dans nos champs. Bientôt, vous aurez une révolte populaire de vos campagnes. Vous aurez des hommes qui n'auront plus rien à perdre devant vos portes. Vous n'aurez plus à manger car les campagnes seront désertées.

Je poussai un soupir qui me tira une grimace. Que pouvais-je bien dire qui changerait ma situation ? J'étais prisonnier, sinon bientôt esclave. Je n'avais pas une pièce, ni un quelconque moyen de subsistance. Si je n'avais pas été arrêté par cet homme, j'aurais peut-être déjà obtenu mon audience auprès du Pharaon. Au lieu de cela, je me retrouverais certainement à passer une nuit à la belle étoile au sein même de Memphis. Serrant les doigts, cherchant encore à reprendre une inspiration, je repris encore pour l'homme.


   
 
▬ Voilà pourquoi je dois voir le Pharaon. Si vous perdez vos campagnes, vous perdrez tout moyen de vous nourrir. Et vous connaîtrez notre famine, sauf si vous pensez aussi bien connaître la terre que moi ? Vous savez, je n'ai même pas demandé à venir. Je me fiche de ce qu'il peut bien vous arriver. Je tiens seulement à éviter des troubles plus importants. Je veux juste vivre en paix dans mon champ. Alors, comme vous n'avez que faire d'un misérable comme moi, vous pouvez aussi bien me laisser m'en aller voir le Pharaon. Je ne compte pas l'assassiner. Je n'ai pas d'arme sur moi, comme vos hommes m'ont fouillé tout à l'heure, et je n'ai même pas une pièce puisque l'un des vôtres m'a volé. Je suis inoffensif et si je tentais quoi que ce soit contre le Seigneur des deux Terres, je serais mort avant de l'atteindre.

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Dernière édition par Ahmose le Dim 2 Fév - 11:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Dim 2 Fév - 11:12


Ma compassion, voilà ce à quoi il a cherché à faire appel. Il a su trouver des mots intéressants, mais j'imagine qu'il aurait pu faire bien mieux encore. Son tort consiste à s'être démonté trop vite, à avoir paniqué face à la menace des chaînes, et à n'avoir pas suffisamment réfléchi. Mais s'il désire s'en sortir et m'émouvoir, je crois qu'il est sur la bonne voie. Pas pour le moment, évidemment. Parce que là... je l'oublie un peu. Mes gars l'accompagnent sur l'estrade et je ne lui attribue plus qu'une modeste œillade. Mais plus tard, sans doute, y reviendrais-je.
Ridicule. Tout ceci l'est bel et bien. Si ce n'est pas la première fois que je me heurte à un représentant de la foule, j'ai rarement eu affaire à de tels mots. Les paysans ou citadins qui se révoltent crient contre Pharaon ou les autorités. Ils s'estiment maudits par les dieux, délaissés. Ils détestent les envahisseurs, et ça peut se comprendre. Moi-même, je peux imaginer ce qu'on vécut ceux du sud, ou encore les canaanéens à cause de nous. Enfin bon... La journée passe. Le soleil monte haut et fini par décliner. Tout se déroule le plus naturellement du monde. Quelques arrestations, la chaleur enivrante... puis l'ombre.
Les remparts de la cité m'abritent un peu, alors que l'astre divin commence à se coucher. Je respire mieux. Je passe une main dans ma chevelure, sur mon front, et chasse la sueur qui coule. Je déteste ça. Accompagné des gardes qui m'obéissent, qui veillent sur moi, je profite de pouvoir m'humidifier au bord du Nil. Le visage, la nuque. C'est une toilette des plus sommaires. Les crocodiles restent à l'écart, même s'ils rôdent.

« Nubien, tu parles beaucoup. »
Je suis revenu vers lui. J'ai délaissé les hommes pour les poster au bas de l'estrade. Le calme relatif me permet d'avoir plus de temps pour lui répondre. Je vois qu'il a du répondant. Il arrive encore à s'exprimer, malgré la journée impitoyable qui s'est écoulée. Voilà un type d'une grande résistance, endurant et presque admirable. La longévité de ces paysans n'est pourtant pas exemplaire.

« Je me doute bien que tu saurais énoncer tes mots avec convictions à Pharaon... mais il n'a pas l'intention de t'écouter. Et je ne peux pas te laisser l'approcher si facilement. »
Jetant un regard alentour, je constate l'état des autres prisonniers de la place. Ils ne sont pas particulièrement bien conservés ou traités. Leur allure, généralement, n'attire l'oeil que par dégoût. Ils ressemblent à des souillons, à des noireaux de basse condition, à des déchets ambulants. Puis-je vraiment tolérer que de tels individus pullulent à Memphis ? Ils sont sûrement mieux dans les geôles, voire dans le Nil à nourrir les reptiles.
Retournant néanmoins à observer l'inconnu, je croise les bras, le toisant, le dévisageant.

« Je n'ai pas pour habitude de faire des traitements spéciaux. Et je doute que tu aie quoi que ce soit pour me pousser à agir différemment. Mais il me plaît de t'entendre. »
Esquissant un très léger sourire, je fais quelques pas devant lui. La situation qu'il décrit ne m'étonne pas. Pourtant, que puis-je y faire ? Et ce roi que nous avons ? Ni lui, ni moi, ne sommes des dieux.

« Si l'Egypte doit se soulever, elle se soulèvera. »
Et mon regard se fait pénétrant. Ainsi j'ai parlé. C'est décidé et il ne m'influencera pas davantage.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Dim 2 Fév - 11:57



Un Jour comme les Autres, Alors que s'écoule le Nil ▬ Anibal & Ahmose


L'homme était un être impitoyable. Je n'aurais su lui donner un terme exact pour le qualifier. Sinon qu'il était inhumain. Inhumain de laisser des ruraux mourir à petit feu. Inhumain d'être aussi soumis. Car c'est ce qu'il était. Soumis à un pouvoir étranger et il laissait faire. Comme si tout était normal dans cette expansion libyenne. Comme s'il appréciait ce nouvel ordre social. Je ne voulais le croire. Je ne pouvais pas le croire. Et pourtant, les Egyptiens des villes étaient plus soumis que ceux qui vivaient à la campagne. L'homme à la chevelure dorée était mon ennemi, autant que les Libyens qui nous taxaient. Mais j'étais encore enchaîné et mes muscles se faisaient toujours plus douloureux. Ma gorge me brûlait, mes jambes, quoi que j'essayais encore de le cacher, tremblaient. Mais je ne voulais pas abandonner. Je ne pouvais pas abandonner. Autant pour les miens, que pour chaque villageois qui craignait chaque nouvelle journée. Je poussai un soupir de dépit devant les mots de cet ignorant.

   
 
▬ Alors, vous êtes le plus fou de nous deux. Mon entreprise était déjà insensée mais vos mots ...

Je baissai la tête devant cet être qui me révulsait un peu plus à chaque instant. Je regrettais ces chaînes qui m'empêchaient d'agir comme je l'aurais souhaité. J'aurais aimé lui sauter dessus, quitte à rouler jusqu'au fleuve. J'aurais aimé savoir qui de nous deux les crocodiles auraient préféré manger en premier. Au lieu de cela, je le voyais à m'écouter distraitement, à me dire que je n'étais et ne serais jamais rien. Il se fichait de notre situation. Il se fichait de la famine. Il se fichait même que la nourriture n'entre plus dans son port. Je ne pouvais qu'haïr cet homme qui manquait de cœur, qui manquait de conviction, qui s'était simplement perdu dans l'or libyen.

   
 
▬ Je ne suis pas plus Nubien que vous, Officier. Mais vous me jugez seulement sur ma peau. Vous ne m'écoutez même pas. Pourquoi ne pas me laisser prendre la route du Palais ? Mon sort ne vous intéresse pas et si je suis tué devant ton Pharaon, vous aurez eu raison sur moi.

Je me tus quelques instants. Bientôt, une toux sèche vint m'asphyxier et je dû mettre un genou au sol. Mais déjà, je me relevais pour l'affronter encore. Je n'avais plus la force de m'emporter comme j'avais pu le faire durant la matinée, mais je n'avais pas encore baissé les bras.

   
 
▬ Devant Osiris, ce sera Seth qui prendra votre âme ...

Je déglutis, cherchant encore à boire les restes de ma propre salive. Je ne pouvais rien faire de plus. Je ne pouvais espérer qu'une chose, qu'il entende raison sous ce motif d'ordre religieux. Je n'avais de toute façon, plus aucun argument face à cet être inhumain. Ni la douleur, ni la souffrance ne l'atteignait. Pas plus que les perspectives néfastes de l'avenir. Je n'arrivais pas à le comprendre. Et, surtout, je ne savais que faire pour lui faire entendre raison. Alors, mon regard de braise se posait une nouvelle fois sur lui. Et si je ne proférai aucune insulte, je n'en pensais pas moins de celui qui, devant moi, était le plus ignoble être humain que j'avais pu rencontrer.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Dim 2 Fév - 12:45


Un jour, sans aucun doute, les dieux auraient raison de moi. Ils me prendraient, comme ils l'avaient fait pour les innombrables égyptiens tombés lors de l'attaque de nos ennemis. Ils m'arracheraient à cette terre stérile, à ce chaos sans nom. Je sais que ce jour viendrait. Et je n'ignore pas que ce serait une délivrance. Grossièrement, on pourrait même évaluer mes chances de survie à une année, pas plus. Les troubles grandiraient, et si cet homme a raison, la colère se ferait plus grande du fait de la famine. Qu'un pseudo-pharaon soit en place, d'aucuns peuvent l'accepter, même à contre-coeur. Mais qu'il ne soit pas en mesure de subvenir aux besoins de son peuple, c'est autre chose. Je n'ai pas à me plaindre moi-même. Je fais partie des privilégiés. Mais jusqu'à quand ?
Le nubien, qui n'en est pas un, a promis que Seth me prendrait. Et encore, il estime que je pourrais le laisser aller, le mener jusqu'à l'enceinte royale. C'est pourtant une énième folie de sa part. Il n'a pas abandonné. Qu'importe de savoir qui de nous deux est le plus dérangé.

 « Tiens. Tu survivras jusqu'à demain, avec un peu de chance. »
Je ne lui dirai pas que ses paroles m'influencent, ou qu'elles ont un impact sur mes choix. Parce qu'au fond, tout ça n'a aucun sens, et je suis parfois capable de m'intéresser à un esclave, à un étranger, à un prisonnier. C'est là le côté humain de ma personne. Je suis doué d'empathie bien que n'en ayant pas le droit. Quelle tristesse que cela.
Lui ayant balancé une gourde d'eau, à ses pieds, je m'inquiète un peu moins de son sort. En quelques pas, je retourne voir les autres détenus. La plupart n'est pas en état de continuer. Pourtant, déjà, des ordres sont donnés pour les emmener ça et là. En prison, pour un grand nombre. Ce n'est pas moi qui décide. Je ne suis pas du clan des vainqueurs.

« Pourquoi tiens-tu à mourir, paysan ? »
Les bras croisés, revenu à ses côtés, je lui fais encore face. Je suis presque capable de deviner d'où il vient en l'observant, mais son attitude me fait l'effet déplaisant d'avoir affaire à un genre de messie. Je n'apprécie pas plus que ça... quoique ça puisse être intéressant. Je lui laisse donc une occasion. Une chance. Une seule et unique.

« Si les dieux veulent me juger aujourd'hui... alors je te mènerai jusqu'au palais. Et là, ils auront tout loisir de nous départager. Qu'ils prennent ta vie ne changera rien. Mais ils sauront détruire tes illusions et tu risques de ne jamais trouver le repos, pas même dans la mort. »
Deux hommes armés viennent me rejoindre, et quelques mots suffisent à leur faire comprendre que je m'occupe personnellement de ce presque-nubien. Ils inclinent la tête et s'éloignent. Je crois que la journée est presque terminée. Quant à savoir si ce drôle de personnage dormira en cellule ou s'il peut directement être lâché face au pharaon est à ses hommes... c'est à moi de voir.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Dim 2 Fév - 14:27



Un Jour comme les Autres, Alors que s'écoule le Nil ▬ Anibal & Ahmose


C'était la première fois qu'il agissait avec une once de pitié. Non pas une quelconque compassion de ma personne, mais bel et bien de la pitié. Cela se lisait dans son regard comme dans ses gestes. Il avait jeté avec un quasi dédain la gourde d'eau. Elle n'était pas remplie jusqu'au goulot, mais ce geste me serait salvateur, je le savais. Il me permettrait encore de trouver quelques forces, peut-être même de trouver les mots qui me libéreraient. Mais je savais aussi que cela permettrait à cet Égyptien corrompu de jouir encore de ce spectacle macabre qu'était mon enchaînement. Sa pitié ne voilait qu'à peine son plaisir lugubre. Déglutissant de douleur, je m'abaissai finalement pour ramasser l'eau. Une grimace s'était dessinée sur mon visage, mon corps ne répondant qu'avec douleur au moindre de mes gestes.

Je fus surpris de la question de l'homme, et je notai un changement dans l'adjectif qu'il me donna. Il ne m'appelait plus « le Nubien » mais « paysan ». Je ne pus m'empêcher de retenir un sourire de satisfaction, vite réprimé sous la douleur que m'offrait chaque action. Je bus une gorgée tout en laissant le soin d'éviter de trop boire. Car je n'étais pas le seul sur l'estrade, je préférai laisser la gourde entre des autres mains et reprendre mon affrontement avec l'officier. Déjà prenais-je une inspiration avant de poser mon regard sur lui, décidant de répondre à sa question.

   
 
▬ J'ai déjà vécu assez pour me satisfaire. Je n'ai pas à demander un allongement auprès d'Osiris. J'ai aimé ma vie comme elle était, aussi pénible qu'elle a pu être. Et je préfère encore mourir maintenant, ou devant le Pharaon libyen, plutôt que de vivre des troubles. Je ne veux plus voir la mort autour de moi, comme si Anubis m'évitait.

Je haussai les épaules avant de faire une pause, observant simplement mon interlocuteur. Je me demandais encore comment le considérer. Il était indéniable que son intransigeance jouait en sa défaveur. Mais il s'était arrêté et me parlait maintenant comme s'il avait à faire à un être humain. Comme si j'existais un tant soit peu à ses yeux. Certes, je n'étais qu'un vulgaire paysan sans grande importance. Certainement même aurais-je cette réaction auprès du Pharaon. Pourtant, je n'avais pas l'intention de reculer. Je devais parler de notre condition, de l'avenir. Je devais agir pour éviter une guerre civile.
Regardant par-dessus mon épaule, j'observais les murailles de la cité. Memphis ne m'attendait pas. Elle ne me connaissait pas. La ville toute entière se fichait bien de ma situation. Et pourtant, j'étais là. A ses pieds. Cherchant encore vainement une solution dans la paix. Face à la multitude des paysans, cette cité, comme tant d'autres, pourrait peut-être tenir. Mais bien vite les vivres ne s'écouleraient plus. La famine s'installerait dans ces rues luxueuses, comme elle l'a fait dans chaque village. Puis je me tournai à nouveau vers l'homme et pris à nouveau la parole.

   
 
▬ J'aurai eu le temps d'accomplir ce que les villageois m'ont demandé. Je me fiche de ce que compte faire le Pharaon par la suite. Je l'aurai averti du danger de son administration. Et je préfère encore qu'il me tue que de voir les peines de la guerre. Cela ne fera de toute façon qu'attiser la colère des campagnes.

Je haussai les épaules, acceptant pleinement ce que mes mots portaient. Je savais bel et bien une chose, je ne devais pas revenir de mon voyage. Les villageois l'avaient sous-entendu. Je servirais autant d'exemple à la cruauté du régime qu'émissaire pour endiguer ce qui se passait. Je poussai un soupir, ne sachant que dire de plus.

   
 
▬ Et si ma mort permet de retrouver un Egyptien au sommet du pouvoir, peut-être que je n'aurai pas autant raté que cela le souhait des villageois.

Je souriais devant l'homme. Je n'avais pas peur de mourir. Pas plus que je n'avais pas de me lever face à ce gouvernement étranger. Ou plutôt, je ne montrais pas cette peur car, alors que je disais ces mots, mon estomac s'était noué. J'avais peur du jugement d'Osiris, plus que celui du Pharaon. J'avais peur d'être jugé sur ce que je n'avais su faire. J'avais peur d'être jeté aux crocodiles. Mais, surtout, je regrettais de ne pouvoir avancer dans ma quête du Savoir. Mais tout ceci, il était inutile de le montrer, ou de même de l'exprimer, à l'Officier. Il n'était nullement un ami, ni même une personne de confiance. Il remplissait son travail, se renseignait comme il le pouvait et évaluait ma dangerosité. Tout dépendait de son jugement et de son allégeance. Finalement, en cet instant où son regard se faisait inquisiteur, je me mettais à regretter ce que je n'avais pas encore fait.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Dim 2 Fév - 15:46


Que devrais-je faire de cette homme ? Le mener à la cour du pharaon, au risque de me discréditer plus encore ? Les libyens n'ont que faire de notre peuple et entendent simplement dominer la vallée du Nil. Ils ont besoin d'instaurer leur pouvoir pour faire durer cette dynastie royale nouvellement en place. L'avis d'un paysan aussi brun que celui-ci pourrait-il influencer en quoi que ce soit leurs jugements ? Je n'en crois rien. Je pense plutôt qu'il va au devant de la mort et tombera sous les coups devant les portes du palais. Mon regard reste donc longuement sur lui, comme pour écouter et enregistrer ses paroles indélébiles. Nul ne pourra empêcher un nouveau conflit d'apparaître. Moi-même, je n'espère que cela, que les libyens quittent enfin le pouvoir. Mais nous ne pouvons compter sur les soldats, ni sur les gardes comme moi. Nous sommes le genre d'administration qui attend que tout ait cédé, avec de retourner sa veste. Il est hautement improbable que l'un de nous se lève contre Pharaon. Ne serait-il qu'un homme parmi tant d'autre, roi libyen sans réelle importance, que je saurais certainement comment m'y prendre pour le destituer. Seulement, là... il est à la plus haute place du royaume, au sommet, l'égal de nos dieux. Aucun être ne peut s'y attaquer. La puissance de la foule est nécessaire.

« Si tu n'as rien à perdre, alors peut-être serais-tu plus utile au milieu de cette foule que face aux troupes de Pharaon. Car tu n'es rien... pas même mieux qu'un chacal. Ta vie n'a pas plus de valeur que celle d'un nubien, quelle que soit ta naissance. »
Dans le fond m'apparait peut-être une idée. Une idée qui ne m'avait effleuré que parce qu'il le fallait, pour essayer de garder mes convictions profondes et ma foi en la puissance de notre pays. Je ne sais si ce sera concluant, ni si mes mots sauront le faire réagir. J'aimerais pourtant qu'il change d'avis. Comme il m'a semblé un messie de plus, peut-être pourrais-je l'encourager dans cette voie. Ce genre de chose n'est qu'aberration, et pourtant c'est toujours moins grace que notre situation actuelle.

« Tu manies les mots avec brio, malgré ta basse extraction. Et même si tu es épais comme un épi d'orge malade... sait-on jamais. »
Je plisse les yeux. Une vieille habitude. Lentement, je tourne un peu en rond et retourne la tête vers lui.

« Je vais t'offrir une chance. Gagne le cœur du peuple. Oublie Pharaon. Sois la plaie qui s'abat au cœur de la cité, pour atteindre les oreilles de notre peuple. »
Je ne le touche pas. Mes bras croisés, je pense seulement à ma lame, à la grande différence qui existe entre lui et moi. Je suis lié à la cité par ma vie, par ma naissance, par ma femme. De son côté, il n'a rien à perdre.

« Je ne te donnerai rien de plus. Ta venue ici ne te fait mériter que la mort. Et si je ne te passe pas par le fer... c'est parce que je ne suis pas de ceux que tu combats. Ou pas tout à fait. »
Alors dégainant, je pointe mon épée sur sur torse, la descendant jusqu'à ses mains liées de chaînes. J'ai la clé pour le libérer, pour sûr. Mais j'aimerais m'assurer qu'il est capable d'accomplir quelque chose, avant de le relâcher. Après tout, je cherche à lui imposer ma façon de voir les choses. Il est prit, perdu, mais son esprit demeure encore libre. Alors...

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Dim 2 Fév - 16:42



Un Jour comme les Autres, Alors que s'écoule le Nil ▬ Anibal & Ahmose


Je plissai les yeux devant le personnage. Si je ne saisissais pas encore l'ampleur des mots qu'il employait, notamment sur le fait que je ne valais guère qu'un chacal, j'avais le sentiment enfoui qu'il cherchait à m'en dire davantage. Peut-être était-ce seulement mon esprit fatigué de la journée qui voulait croire en quelque chose. Peut-être même était-ce seulement mon envie de croire qu'il n'était pas complètement inhumain. Pourtant, j'avais cette sensation qu'il était prêt à me libérer sous la seule condition que mon objectif différait. Comme s'il me donnait un ordre. Je cherchais encore à savoir ce qu'il voulait que je fasse exactement. Je ne pouvais le dire. Aussi, je gardai longuement le silence pour trouver des réponses qui je ne connaissais pas.

A ma grande surprise, il dégaina sa lame alors qu'il exprimait son avis sur lui-même. Il disait ne pas être mon ennemi, avant d'ajouter qu'il ne l'était pas vraiment. Que cela voulait-il dire, je ne pouvais le deviner. Pourtant, jusqu'ici, il ne m'avait jamais caché la vérité. Il s'exprimait sans détour et ne cherchait pas à cacher ce qu'il pensait de moi. Alors, que voulait-il exactement ? Mon regard se fit plus intense, plus dur encore, quand je sentis le fil de sa lame sur mon torse. Il fit glisser son épée jusqu'à mes liens de fer, comme s'il attendait encore que je réagisse. Il me provoquait, cela était indéniable. Il me testait, sans que je ne sache réellement pour quoi.

   
 
▬ Si tu veux me marquer comme un vulgaire esclave pour que je me souvienne de notre rencontre, agis et ne tremble pas.

Mais déjà, alors que je parlais pour le distraire, j'avais jeté un oeil dans la pénombre qui s'installait. Ce n'était que lui et moi, en cet instant, et, dans un geste qui résultait davantage de la survie que de la bonne logique, je fis glisser mes liens de chaîne autour de sa lame avant de la lui arracher par une vive secousse. Je le regardais sans tressaillir, mon regard aussi dur que le sien. J'avais déjà lâché son arme, ne cherchant même pas à la prendre pour moi. Je ne savais pas me battre. Il aurait eut tôt fait de me désarmer. Aussi, avec un sourire honnête, je repoussai son épée vers lui et repris d'une voix plus calme.


   
 
▬ Tu peux me tuer maintenant, si tu le penses nécessaire. Et tu jetteras mon corps aux crocodiles. Personne n'aura jamais entendu mon histoire et tu pourras inventer ce que tu souhaites.

Je continuais de le regarder dans les yeux, le défiant maintenant de me tuer, de m'achever. Il avait le pouvoir et tant que j'étais enchaîné, il le garderait. Il le savait certainement. Il m'évaluait toujours. Il testait mes propres limites, peut-être. Qu'était cet officier à la chevelure dorée ? Il était passé d'un être ignoble sans sentiments humains à un homme qui accomplissait seulement sa fonction. Aussi, je repris bientôt. Non pour expliquer mon geste mais pour lui répondre.

   
 
▬ Je ne connais peut-être pas la guerre, et peut-être même que je viens d'un village aux frontières du Royaume de Koush, mais je ne suis pas encore un idiot ignorant. Tu attends quelque chose de moi. Je te propose de me libérer et nous discuterons sans détour, loin des murailles de Memphis. Tu pourras toujours me tuer de ton épée une fois notre discussion finie et personne ne le saura.

Une chose que mon père m'avait appris de son vivant, c'était que les urbains cherchaient toujours à acquérir plus de pouvoirs sur ceux qui n'en avaient pas. Il m'avait aussi dit que ma franchise finirait certainement par me tuer et, je devrais lui reconnaître, cela risquait bel et bien d'être le cas. J'avais parlé ouvertement, sans détour aucun. Certes, je ne pouvais deviner ce qu'il attendait exactement de moi mais j'étais convaincu qu'il désirait quelque chose. Aussi, en parlant ouvertement de ses attentes, je pourrais lui répondre en toute franchise. Il avait l'épée et le pouvoir de son côté. Il pouvait me faire taire en un instant s'il le désirait, ou même me marquer du fer de sa lame pour que, jamais, je n'oublie nos paroles.
Ma situation se résumait à ceci : j'étais enchaîné, ma vie dépendait uniquement de son bon-vouloir. Comme lorsque mon père jouait avec les anciens, c'était un « Quitte ou Double ». Soit je me trompais et j'étais fini, soit je voyais juste et j'avais encore une chance d'entrer dans les entrailles de la capitale.

Pourtant, je ne cessais de réfléchir aux quelques mots qu'il avait prononcé. « Gagne le cœur du peuple, sois la plaie qui s'abat au cœur de la cité ». Que voulait-il dire ? Que voulait-il que je fasse ? Alors que je déglutissais avec douleur, je vis la gourde me revenir vide. Je la déposai à mes pieds tandis que je patientais de la réponse de l'officier. Que cherchait-il exactement ? Aussi, en silence, je me tenais aussi droit que mon corps le permettait. Je n'avais qu'une envie, celle de prendre le premier navire pour revenir aux choses simples de mon village. Mais j'avais l'impression qu'avec lui, le temps de la vie tranquille était fini.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Dim 2 Fév - 19:19


Les choses ne peuvent pas toujours tourner comme on l'entend. C'est pour cela qu'il est préférable d'avoir l'avantage sur son adversaire, ou sur n'importe qui. La domination est la clé de voûte de l'Humanité. De la vie toute entière, devrais-je dire. Il est essentiel de pouvoir asseoir son pouvoir sur quelque chose, quoi que ce soit, et d'autant plus s'il s'agit d'un individu... comme celui-là.
Je le vois donc réagir instinctivement pour se dégager de ma lame. Contrairement à ce qu'il souhaite, néanmoins, je ne la lâche pas vraiment. La lame demeure hors de portée et frotte sur le sol, pour que je finisse par la ramener sur ma hanche. Pas la peine de le menacer, sans doute. Mes yeux restent plantés dans les siens.

« J'aimerais éviter de te tuer, si possible. »
Je rengaine. Doucement. La main restant sur la poignée, je ne libère pas encore l'étranger. Ce paysan m'inspire une drôle de confiance, que je ne saurais probablement garder qu'en le prenant sous ma coupe.

« Peut-être devrais-je m'assurer que tu ne nuiras pas à mes ambitions. Mais comme je te l'ai dit, tu n'es pas grand-chose. »
La clé, accrochée à ma ceinture, vient se glisser dans la serrure qui l'emprisonne. Lentement, elle envisage de tourner.

« Seulement, si tu es à même d'avoir un impact, j'aimerais autant que ce ne soit pas contre moi. Je tiens probablement plus à la vie que tu ne t'y accrocheras jamais. »
Un déclic. Tout d'un coup, le métis a les mains libérées, bien que les lourdes chaînes soient encore sur ses poignets. Je ne bouge pas davantage. J'attends. La suite viendra bientôt.

« Un jour, ceux de Koush viendront. Et d'autres peuplades seront toujours là pour essayer de s'emparer à leur tour de l'Egypte. Mais d'ici-là, avant que tous ces malheurs n'arrivent.. tu vas pouvoir te rendre utile. »
Je recule d'un pas et lui tend la clé. Qu'il se débrouille pour détacher ses pieds. Faisant demi-tour, je regarde les autres prisonniers entrer dans la ville sous bonne garde. Les derniers, à vrai dire. Les quais ne sont plus aussi actifs, et seuls des marins rôdent encore ça et là. Un long soupir vient prendre place chez moi, sortant de mes poumons sans se presser. Patiemment, je reviens donc vers ce détenu qui n'en est plus un. Il fut tant de choses à mes yeux avant de devenir ce qu'il est maintenant, une sorte d'homme prêt à mourir que je veux utiliser à ma convenance. Il n'est pas dans mes habitudes d'user des gens comme cela. Mais multiplier mes connexions au sein de la cité, avoir une sorte de débiteur, ne saurait être une chose négative. Bien au contraire. Passant une main dans ma chevelure, je le regarde de la tête aux pieds.

« Sois digne de me servir. Rends-toi utile pour moi, et je n'oublierai pas. »
Voilà, c'est dit. Tout n'est peut-être pas encore exprimé, mais l'idée principale est là. Qu'il me serve, et nos destins seront liés.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Dim 2 Fév - 20:45



Un Jour comme les Autres, Alors que s'écoule le Nil ▬ Anibal & Ahmose


Il désirait bel et bien obtenir quelque chose. Et comme je l'avais compris, c'était obtenir du pouvoir. Et cela, sur mon intégrité. Que devenais-je exactement ? Il me fallait comprendre la nouvelle situation et, surtout, l'évaluer comme il se devait. Car il voulait que je prenne cette sortie, que je me mette à son bon loisir, pour obtenir la vie sauve. C'était d'ailleurs, certainement, l'unique possibilité pour moi d'atteindre le Pharaon étranger. Certainement, même, voulait-il que je fonce tête baissée, sans réfléchir, sur cette décision. Pourtant, je me méfiais. Car je me demandais surtout si cela ne comportait pas une face cachée que j'aurais à subir le restant de mes jours. Déglutissant devant les atroces possibilités que mon esprit élaborait, et selon l'imagination débordante que je possédais, j'imaginais les supplices des anciens hébreux sous le règne de Ramsès II. Aussi, alors qu'il me prêtait la clé pour libérer mes pieds, je m'arrêtai pour poser la question qui me brûlait les lèvres.

   
 
▬ Vous voulez que je devienne ... Votre ... Esclave ? Je deviendrais seulement votre chose, comme un vulgaire trophée ? Ou vous attendez autre chose ? Car si ce n'est pas le cas, je préfère encore me jeter sur votre épée.

Je le regardais droit dans les yeux. Et qui prêtait attention, verrait dans les flammes de mon regard autant de peur que de férocité. La peur de n'avoir aucun échappatoire. La férocité et l'agressivité de celui qui voulait prouver qu'il n'était pas « rien ». Car j'étais loin de ce constat, même si c'est ce qu'il pouvait entendre. Car j'avais bien compris à ses mots que je ne valais encore peu. Que c'était, comme disaient les marchands qui venaient parfois au village, « un investissement sur le long terme ». Alors que je le regardais encore dans les yeux, cherchant à connaître le fond de sa pensée, je pris le temps de détacher mes pieds, tout en grimaçant sous la douleur que m'infligeait chacun de mes gestes. C'était, encore une fois, une forme d'épreuve autant pour l'un que pour l'autre. Il voulait savoir si je viendrais à l'agresser dès ma libération faite. Je voulais découvrir la vérité sur cet énigmatique personnage. Car son comportement avait changé. Était-ce seulement de la pitié ? Ou était-ce autre chose ? Je déglutis un instant alors qu'il me tournait le dos, finissant par une phrase qui me semblait lourde de poids.

   
 
▬ Je devrais vous servir pour quelle raison, Officier ? Vous comptez user de moi comme bon vous semble, tirer tous les profits, quitte à ce que j'en meure. Je n'obtiens rien sinon un prolongement de ma vie. Vous savez que je n'y tiens pas et pourtant, c'est votre unique offre.

Il pouvait tout aussi bien me jeter dans les flots limoneux du Nil. Je ne comptais pas me parjurer pour lui. Je devais connaître le fond de sa pensée avant de me jeter à corps perdu à sa cause. Car c'était bel et bien là ce qu'il me demandait. Je commençais doucement à le comprendre mais il me demandait bel et bien de conspirer à ses côtés face au Maître des deux Terres. S'il n'irait jamais le dire clairement, c'était là l'objectif qu'il escomptait. Et comme tout puissant qu'il était, face à ma propre médiocrité, il me laisserait tomber au moindre problème. A l'entendre, je n'étais qu'un maillon jetable dont l'utilité se résumait encore à obtenir le soutien de la foule. Je serrais le poing. Il me donnait l'occasion de changer la donne autrement que par ma mort. Je pouvais agir sur le terrain, trouver le moyen de renverser le pouvoir ... Mais cela serait à quel prix ? Mon asservissement ? Mon intégrité ? Je n'étais pas encore prêt à l'accepter. Alors, je pris une nouvelle inspiration avant de reprendre une nouvelle fois en sa direction.

   
 
▬ Ici, comme à l'intérieur de ces murailles, vous avez le pouvoir et l'épée. Tout joue contre moi. Pourquoi travaillerais-je pour vous alors que je ne connais rien à cette cité ? Pourquoi voudriez-vous seulement de moi quand je suis un ignorant ?

Puis je me tus. Je restais silencieux, attendant une nouvelle réponse. Elle pouvait être autant le fil de son épée qu'un silence long et perturbant. Il était le seul en ce lieu à avoir une quelconque autorité. Je jouais de ses nerfs, je le savais, et il pouvait aussi m'arrêter maintenant, plus libre qu'avant, mais toujours aux portes de la ville. Peut-être même avais-je dépassé une limite ? Je serrais les poings autant que les dents, attendant la sentence. De sa réponse, dépendait mon avenir au sein de Memphis. Soit je mourais sur les quais. Soit je devenais son ombre. Mais je ne pouvais rentrer bredouille au village, sans avoir vu le Pharaon.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Dim 2 Fév - 21:52


Je ne suis pas explicite dès le début. J'aime prendre mon temps. J'aime élaborer des stratégies qui prennent leur temps, des tactiques plus ou moins infaillibles. C'est cela que m'ont appris ces années passées à lire les textes anciens, à savourer la gloire des Pharaons du passé. L'art militaire est quelque chose de beau. Arriver à dominer l'ennemi, c'est un détail qui importe réellement. Comme dans la vie quotidienne, il est essentiel de dominer ses émotions, ses désirs, sa colère, eh bien soumettre le monde est un acte tout aussi motivant. Je crois même pouvoir mettre ces deux choses sur un plan identique. Il n'y a pas de différence entre être son propre maître, et être celui d'autrui. Commencer par soi tient de la logique. Finir par le monde n'en convient pas moins.

« Hahaha... faire de toi un esclave... »
Pour la première fois, je me permets d'afficher ouvertement mon amusement. Plus ce garçon se montre crispé, tendu, sur le point de risquer sa vie, plus la mienne me parait légère et alerte. Je ne craint rien de lui. Il est incapable de me faire le moindre mal. S'il essayait, je lui trancherais la gorge avant qu'il n'ait le tant de se plaindre encore. Sa vie ne vaut pas grand-chose, mais la couleur de son sang aura au moins l'avantage d'avertir les futurs nouveaux arrivants. Nul n'entre à Memphis s'il n'y est expressement invité.

« Je n'ai pas besoin d'un esclave. Et ma femme se débrouille très bien sans. Ce qui m'importe, outre l'idée de te tuer et d'avoir la satisfaction de faire une bouche de moins à nourrir... c'est que tu saches parler. »
Il s'est débarrassé de ses chaînes. Moi, je lui fais dos, sans toutefois relâcher vraiment la garde de mon arme.

« Tu es un être doué pour ça. Sans aller jusqu'à dire que tu es un orateur... tu es un prophète. Un porteur de mauvaise nouvelle. Un messager qu'il convient d'utiliser pour le bien commun. »

Levant les yeux au ciel, je me tourne vers ce résidu de libyen et l'inspecte encore. D'un pas dans sa direction, je prends finalement son bras et en observe la vitalité. C'est un être puissant, bien qu'amoindri par la famine et son voyage.

« Tu as l'avantage de pouvoir circuler dans cette ville, si je t'y autorise. Mais ton pouvoir se limite au verbe. Moi, je n'ai pas le loisir de me balader à ma guise, et les gardes ne se mêlent pas à la foule. Mais je peux tenir une épée, une lance, et m'en servir. Alors j'ai besoin de tes services. »
Je ne m'éloigne pas de lui. Fixant mon regard au sien, je veux une réaction. Et pas une de celles qu'il m'attribue pour justifier sa position. J'ai besoin que cet homme, cet étrange personnage, soit mon contact dans la ville.

« Memphis est une grande ville qui craint l'autorité des libyens. Ces derniers sont partout. Je peux donc te permettre d'avoir du temps pour agir et te préserver des autorités. Et en échange de cela, de ta vie qui n'a de sens et de valeur, du fait que je t'offre une occasion bien plus belle que si tu allais mourir sous les yeux de Pharaon... tu useras de ta langue pour soulever chaque foyer de résistance que tu pourras. »
Ce n'est pas une offre qu'il peut refuser. Cela, je me doute qu'il le sait. Mais rien n'est encore joué, et je peux répandre ses tripes ici-bas, s'il préfère.

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Mar 4 Fév - 21:31



Un Jour comme les Autres, Alors que s'écoule le Nil ▬ Anibal & Ahmose


L'offre ne me laissait guère de choix, je le savais. Soit je périssais ici et maintenant, tel un vulgaire badaud. Soit je me mettais à son service, accomplissant d'une manière détournée mon but. Aucune alternative n'était réellement envisageable. La fuite par le Nil, en pleine nuit, relevait d'une pure folie. Aussi insensée que celle de continuer de m'opposer au personnage. Sa main toujours sur la garde de sa lame ne présageait, finalement, qu'une issue si je continuais dans mon entêtement. Je déglutissais encore péniblement devant cet être. Il n'était pas dénué d'une aura, d'un charisme qui relevait presque d'un don d'Osiris. Il parlait toujours sans détours, ou du moins montrait-il cela. Sa réaction au terme « d'esclavage » me le fit mieux comprendre encore. Il ne voulait pas de cela. Aussi, ce fut étrange, mais il s'attira un peu de ma sympathie. Je restais encore méfiant, car il était un citadin et homme de pouvoir, mais je baissai quelques instants ma garde devant ce rire. Car il était expression de sincérité autant qu'un soulagement pour ma personne.

Si j'acceptais son offre, je devenais « son homme de main », une forme d'ombre dans les rues à son service. Mais je savais aussi une chose, malgré mon immense ignorance, il m'avait révélé des ambitions rebelles, des idées contre le gouvernement étranger en place. Si cela se savait, il y perdrait tout ce qu'il possédait. Il ne le permettrait certainement pas. Autant dire que je restais l'homme sacrifiable. Je devenais ses yeux dans les rues, ainsi que sa voix sous une forme altérée, mais je devenais une faiblesse. Quiconque découvrait mon rôle, et découvrait le rôle qu'il tenait, et il serait exécuté que moi-même. Il était plutôt naturel, finalement, qu'il doute de ma loyauté et de ma fidélité. De cela, il devait avoir raison. Son esprit pouvait le faire devenir paranoïaque, quitte à perdre toute lucidité et logique. Prenant une inspiration, sachant dans ce quoi je m'engageais, je pris brièvement la parole.

   
 
▬ Comment voulez-vous que je vous nomme, Officier ? Et ce ... « Service », il va demander des contacts répétés, n'est-ce pas ?

Implicitement, je lui faisais savoir que j'acceptais son offre. De toute façon, mes autres possibilités étant minces, sinon nulles, il me fallait m'y résigner. Je savais pourtant, au fond de moi, que j'aurais à le regretter. Car je ne lui faisais pas confiance. Je doutais même qu'il se soucie un instant de ma personne. Autant dire que si je travaillais pour lui, c'était encore à contre-cœur. Surtout qu'il me ferait certainement surveiller. Il ne me connaissait pas et viendrait à croire que je le trahirais au premier instant dans la cité. Réaction naturelle et prudente d'un homme comme lui.
Je vins à ses côtés et si je ne souriais pas encore, je lui tendis mon avant-bras pour une poignée virile. Je restai un instant comme cela, posant mon froid regard sur lui. A l'intérieur, se lisait encore des craintes et des doutes, mais je ne pouvais reculer. Aussi, bientôt, je repris pour son unique personne.

   
 
▬ Nommez-moi comme vous le souhaitez. En mon village, sachez que je suis Ahmose.

Un seul court silence, juste le temps d'évaluer le personnage alors que j'étais pour la première fois aussi près de lui. Car jusqu'ici, il avait tenu une distance respectable avec moi, comme s'il pouvait me craindre. A tort, certainement, puisqu'il était le seul à porter l'épée. Mais avant de lui laisser le temps de me répondre, toujours l'avant-bras tendu, je lui porta une requête.

   
 
▬ Apprenez à me servir d'une fine lame, une « dague », que je puisse me couper la langue si je venais à me faire prendre. Je trouverai moi-même d'autres hommes capables de m'apprendre les Savoirs de Thot.

Peut-être était-ce trop osé de ma part d'en venir ainsi de bout en bout ? Mais j'avais toujours été ainsi. Je ne voulais pas me laisser assujettir ou me mettre un seul instant à le craindre. Certainement pourrait-il conclure que je chercherais à le tuer ? Mais il ne me connaissait pas encore assez pour savoir que je n'arrivais pas à enlever une quelconque vie. Pour moi, c'était aussi une façon, aussi, de prouver qu'il me faisait une quelconque confiance. S'il refusait la proposition, je devrais me méfier d'autant plus de ma tête. Car je voulais porter mon message au Pharaon, quoi qu'il m'en coûte. Mais rien ne me ferait reculer. L'Egypte se soulevait et si j'étais venu pour pacifier les affaires, je devenais l'émissaire auprès du peuple des villes. Ils devaient savoir ce qui se passait. Je devenais un fomenteur contre le pouvoir. Je devenais un ennemi d'Etat. Tout ça pour qu'un jour, le Pharaon reconnaisse ses erreurs.
Pourquoi ai-je accepté cette mission des miens ? Pourquoi ai-je quitté mon village ? Pourquoi ?

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MessageSujet: Re: Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose] Mar 4 Fév - 23:04


Les choses ne tournent pas trop mal. Cet homme, ce drôle de croisement nubien et les dieux-savent-quoi, arrive tout de même à m'intéresser. Ce n'est pas que ce soit ce qu'il y a de plus compliqué, mais c'est tout de même un défi qu'il a su relever, lui le détenu modèle, attaché toute la journée parce qu'il m'avait semblé louche. Un clandestin de sa trempe, venu à la ville pour la stupide raison de vouloir parler au Pharaon, ne pouvait manquer de m'attirer, quand on y regarde bien. Je dois avoir de la chance d'avoir travaillé sur le port aujourd'hui. Les dieux et le Destin ont sans doute décidé de notre rencontre. Si j'arrive à réaliser ce que je désire depuis des années, alors tout ceci n'aura pas été vain. Je lui souhaite d'être à la hauteur de mes attentes... et de ne pas trop en espérer de ma part.
Sa main tendue, déjà, est un geste qui me retient. Mes yeux se laissent aller à regarder, mais les choses s'arrêtent là. Je ne la saisis. Je ne la contemple qu'avec méfiance, sinon un peu de défiance. Si j'écoutais mon instinct, présentement, je crois bien que je la lui couperais, pour ce qu'il représente et ose espérer. Un nubien avec une main tranchée ferait certainement plus réaliste. Mais comment s'y prendrait-il, pour faire ces grands mouvements amples qu'aiment à reproduire les orateurs, face à la foule ? Ce ne serait aisé. Et je le vois déjà s'y prendre, agir, parler, persuader...

« Tu n'auras nul besoin de me nommer. Et je saurai où te trouver. »
Je suis réticent et ne prendrai sûrement pas sa main. Restant posé sur la garde de mon arme, je retourne plutôt à le dévisager, à observer ses pupilles. C'est plus instructif qu'une poignée de main. J'en apprends davantage qu'en jouant les amis avec lui. Car mon intention n'est que de l'utiliser, pour peut-être finalement le gracier. Jusque-là, il est toujours en mon pouvoir.

« Ne va pas croire que je vais t'oublier. Toujours, j'aurai un œil sur toi et tes agissements. Et tu resteras pour moi le nubien. »
Ce paysan à la recherche de Pharaon peut bien nourrir tous les espoirs qu'il veut, ça ne change rien. La vie dans cette cité est infernale, depuis que les prêtres d'Amon ont laissé les libyens venir au pouvoir. Notre beau royaume n'est plus rien. Alors j'imagine que l'alliance d'un presque noble comme moi et d'un misérable comme lui est de bon goût. Nous serons la clé de voûte du soulèvement. Nous déplacerons des montagnes ou provoquerons l'avalanche. Mais s'il était possible de faire en sorte qu'il se trouve lui aussi en dessous lorsque les premières chutes viendront... ce ne serait pas plus mal. On n'est jamais trop prudent. Lui faisant dos et m'éloignant de quelques pas vers l'intérieur de la ville, afin de quitter le port, je croise bientôt les bras. Une dernière fois peut-être, ma voix résonne.

« Trouve donc où dormir et te nourrir. J'ai besoin de toi vivant... jusqu'à nouvel ordre. »
Là, des pièces d'or et d'argent tombent au sol, juste après mon passage. Quelques-uns qui suffiront probablement. L'accès à la ville lui est ouvert... mais qu'il ne traîne pas dans mes pattes inutilement, dorénavant.

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Un jour comme les autres, alors que s'écoule le Nil [PV Ahmose]

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